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:: Le Cahier noir ::
Le manuscrit original du Cahier noir consistait en deux cahiers à petit quadrillage, composés de fragments de longueurs inégales, de lecture difficile et souvent brusquement interrompus.

Ainsi nommé de la façon dont l’auteur même le désignait, ce Cahier noir, dernier texte inédit de l’auteur, a été transcrit et ordonné assez récemment, grâce au travail de Christine Michel pour le compte des éditions Albin Michel qui entreprirent la publication des oeuvres de Bousquet. Le Cahier noir nous livre une chronique érotique étrange particulièrement répétitive, composée de fantasmes érotiques brûlants. Ressassement obssesionnel de scènes où se mêlent voyeurisme, sadisme, rites pervers et sodomites, blancheur des chairs féminines, croupes illuminées... où chaque personnage féminin cache "un violent désir d’être envahie par le sentiment de sa chair".

Texte fantasmatique entre tous - l’auteur est resté paralysé toute sa vie -, Le Cahier noir pourrait être qualifié de texte visionnaire sur l’amour, halluciné et chimérique. « Tu es celle que je crée dans la solitude éternelle de mon âme revenue de ce monde » écrit Bouquet. Et dans cette phrase s’inscrit Le Cahier noir ...
 
L'extrait.
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L'extrait.          
Scènes de fessée dans les oeuvres littéraires.
C'est ainsi que je lui demandai ardemment le lendemain de se soumettre à mes fantaisies en soulignant qu'elles se traversaient de nudité comme d'une éclaircie où mon âme me conduisait jusqu'à elle sans obscurcir l'amour que je lui portais. Elle ne m'opposa pas de résistance et accepta de se livrer à ma merci, dès le lendemain dans la chambre que j'avais préparée pour la recevoir.

Et c'est là que j'ai été le jouet des plus fantastiques impressions. Mon amie était très blonde et très grande, et sa démarche éveillait en moi une idée de l'élégance où j'étais comme perdu en route. Je me sentais attaché très loin d'elle, plongé dans ma chair absurde quand elle marchait devant moi. Elle ne semblait pas avoir un corps de chair, mais s'éloigner de moi en se liant à l'élégance de sa silhouette où ma vie entière était ensevelie.

C'est alors que je souhaitai de la lier à moi par le spectacle de sa nudité, comme si je souhaitais de la voir éveiller dans son corps une chair ouverte à mon image, et que ce fut à travers toute la fraîcheur de sa chair qu'elle entrât comme avec un sentiment qui l'aurait occupée tout entière dans la profondeur de mon corps qui se liait à lui-même en se traversant en elle de mon regard.


Et je la pris aussitôt, avec beaucoup de douceur l'agenouillai et lui relevai comme à une enfant punie la robe sur la croupe. Comme elle ne m'offrait pas de résistance, j'agis de même avec les légers vêtements qui la couvraient encore, et découvris aussitôt une large croupe très ronde et très rose qui épanouissait à deux pouces de mes yeux toute la chair rose de son beau corps.


Il y avait dans mes yeux enfin une image du vent, dans une transparence où mes yeux étaient de la chair éblouie. Je ne pensais pas à elle, mais cette croupe absorbait toute ma pensée et s'éveillait dans mon âme comme un sens d'une profondeur où elle nous avait roulés avec des reflets du ciel. Dans la lumière de cette chair il y avait comme mon image une transparence où mon, corps était comme aboli et découvrait dans ma pensée comme un sommet où le vent s'ouvrirait dans le miroir mes gestes dans des roses les retraversant de tout l'esprit de la vie en me livrant dans mon regret à toute cette fraîcheur éclose sur une âme éveillée à la surface de sa chair : Et c'est alors que je me mis à la frapper, d'abord doucement, comme si je craignais d'éveiller une attention au milieu des claques qui retentissaient sur sa chair jeune et rose. Puis, à mesure que les mouvements de sa chair répondaient à mes coups, de plus en plus fort, si bien que sa croupe fut bientôt toute rouge et que je la sentais chaude sous les claquements répétés de ma main. Elle poussait de petits cris, mais ne cherchait pas à échapper à la correction, paraissant satisfaite au contraire de se lier à travers la plus absurde de mes fantaisies à une tempête physique où je ne pouvais plus être moi, et d'où j'entrais dans la nuit de mes sens que je m'ouvrais avec le pouvoir de mon amour dans une image dont notre chair se traversait en nous. Nous étions alors la proie d'une volonté qui nous enveloppait tous les deux, éveillant en nous le battement d'ailes d'un ange enseveli et qui se soulevait sur toute la profondeur du jour en nous éclairant de toute la vie du matin.

Je n'oublierai jamais comment je sentais mon coeur chavirer dans le regard que sa croupe ouvrait en elle. Elle m'entourait de son âme comme d'un soleil, et je n'avais que ma volonté d'enfant pour enflammer mes gestes que cette croupe attendait, avec toute la pâleur dévoilée de mon rêve enfantin. Elle devenait mon regard et traversait toutes mes pensées, afin que je ne sois plus qu'un corps sans âme à travers sa lumière et cherchant à me rassembler en me traversant en lui de toute la vie qui me portait. Et c'est alors que je me mis à la frapper avec un étonnement où mon émotion se doublait. Il me semblait en effet que cette chair était comme dématérialisée par la profondeur de la nuit où je prenais mon plaisir et que le bruit des tapes y faisait jaillir comme une lumière d'ailes emprisonnées toute la profondeur qu'elle m'offrait dans le grand soleil de sa jeunesse comme un chemin de rosée, où mes yeux attendaient mon âme pour lui ouvrir un nid dans les roses qui l'ont caché. Ainsi je ne me fis pas faute de pratiquer mon nouveau jeu qui me comblait de joie. Au tourment de sa pudeur blessée se mêlait la peur d'être surprise et de révéler à quelqu'un qu'elle se réjouissait de disparaître dans les souffrances de sa chair, de se sentir dans l'ivresse des coups, se sentir découverte avec tout son corps à la brûlure du regard qui s'est éclairé en elle. Dans les gestes qui la mettent à nu elle éprouvait toute l'âpre volupté de sentir que sa chair allait se traverser dans le vent du jour où son âme serait piétinée, mais c'était cela qu'elle voulait, avoir dans sa croupe nue une pensée pour le jour et comme un précipice pour son âme puisque c'est tout en lui que son amant entrait dans l'abîme de son amour où son âme éternelle le rattrapait.


Après quelque temps employé à ces jeux nous en vînmes à corser la mise en scène car la lumière était dans nos corps le rayon vivant qui nous réunissait. C'était admirable de se traverser du rayon qui nous était amour au fond d'un jour levant que nos corps ne cachaient qu'à moitié et qu'il éveillait toujours dans la chair irréelle d'un enfant qui nous avait surpris et qui grandissait dans nos plaisirs en développant sur eux l'ombre de la vie mûre que nous menions et au sein de laquelle nous ouvrions notre folie comme un fruit qui a dans sa pulpe d'automne la fraîcheur du printemps.

J'entrepris de la déshabiller tout à fait et de ne la fouetter qu'étendue sur un divan qui tournait vers moi toute la longueur de son dos sur le haut duquel sa chemise dessinait sa petite forme de soie ! Elle était encore plus assurée que d'habitude, et moi, je me soutenais au-dessus de son regard dans la transparence de ce beau corps qui tournait vers moi une chair entièrement transparente à mes yeux qui l'y baignaient dans une image de mon amour : Elle pensait à moi avec ce corps qu'elle avait si blanc, se rêvait un peu violée, et comme dépouillée au passage dans la croupe qu'elle avait ronde comme un fruit et qu'elle élevait vers mes yeux en un lent mouvement paresseux du corps qu'elle étendait sur les coussins. Les coups qui la frappaient toujours sur la croupe éveillaient dans tout son corps un frémissement et comme une pente à s'enfuir où l'on voyait soudain la croupe se faire à nouveau ronde comme un astre vivant et découvrir en elle une prise pour le temps dans l'arbre de notre univers. Il fallait qu'un même rayon fit de nous sa proie, qu'il nous brûlât jusqu'à consumer entre nous la gravitation de la terre. Car maintenant que mon regard avait son corps comme pente où entrer avec moi, je ne tardai pas à m'apercevoir qu'un étrange phénomène se produisait. Blanche comme elle l'était dans le berceau de mes bras qui la tenait renversée, elle avait l'air de cacher dans sa croupe une sorte de secret auquel mon amour avait quelque intérêt. C'est ainsi que dans la blancheur de sa croupe découverte mon regard engloutissait un enfant, dans un épanouissement lumineux où il était transparent à sa vie. Mais il arriva que prenant goût à ces corrections elle me sembla s'assurer à travers les coups d'une volupté où toute sa chair se faisait attentive et semblait au lieu de me penser en elle attendre des coups qu'ils lui rendissent la pensée de sa nudité : il me sembla qu'elle avait contenu dans son indécence tout mon visage et qu'elle se souvenait avec sa chair meurtrie et tiède de tout le jour qui s'y était emprisonné et qui pesait encore sous la robe à sa chair recouverte et mouvante.

C'est alors que je compris combien je l'aimais et qu'elle me rendait mon amour. Elle avait trouvé en moi une volonté à laquelle se livrer sans rencontrer l'homme, une âme en qui se traverser de son mystère en consommant la déchéance de cette personnalité qu'on lui prêtait et qu'un étrange désir ténébreux habitait. Elle avait ouvert sa chair à l'amour d'un homme comme un rosier frémissant dans lequel la lumière serait la fille des roses.


Joël Bouquet, Le Cahier noir, ed. Albin Michel, Paris, 1989.


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