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:: Éloge de la fessée ::
« Ce petit manuel vise à une réhabilitation de la fessée qui a le privilège magique de demeurer un des gestes de l'amour. A partir d'une expérience personnelle, Jacques Serguine échafaude une théorie brillante et, en trois chapitres d'une grande précision, raconte pourquoi, quand et comment il pratique la fessée quand il est amoureux. Il fait ainsi une belle démonstration du plaisir, de l'enseignement et du rapprochement qu'un homme et une femme peuvent tirer de son usage.

L'Éloge de la fessée est le contraire d'un livre sadique. Il est même attendrissant.
»
 
L'extrait.
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L'extrait.          
Scènes de fessée dans les oeuvres littéraires.
C'est alors que tout devint, au moins pour quelques instants, si chaleureux, si facile, et si simple. Michèle, dans le lit, se trouvait à ma droite et il me souvient que l'obscurité était encore assez épaisse, ou que j'étais assez fatigué, pour que je ne visse pas de façon très précise son corps. Mais je savais où il était, et ce qu'il était. Je l'aimais. Je glissai le bras droit sous la taille de Michèle et la soulevai, tout en même temps la redressant, l'attirant à moi et la courbant, à la vérité plus sur mon ventre, et en travers de mes cuisses, que sur mes genoux comme je l'ai dit. Ignorant ce que je voulais faire, Michèle se prêtait cependant à ce que je demandais ou suggérais ainsi, et, à supposer que je n'aie eu d'autres raisons de l'aimer, je sais bien que je le ferais maintenant pour cette obéissance : non parce que je désire enjoindre, et encore moins asservir, mais parce qu'elle n'était enfin qu'une confiance persistante, un désir non moins absolu et non moins fou que le mien de se plier à toutes les tentatives, les plus imprévisibles, peut-être les plus irritantes, qui pouvaient nous donner cette chance encore, cette possibilité, un pur prétexte ou une simple occasion, de nous rejoindre, de nous rapprocher et de nous connaître, de nous aimer en définitive comme, déjà, sans parvenir à nous rapprocher, à nous comprendre et à nous rejoindre, nous nous aimions. Alors je retroussai, à peu près jusqu'à la taille, la longue chemise de Michèle et, son petit derrière bien nu, innocent et offert dans la demi-obscurité, entrepris de lui appliquer une retentissante fessée. D'abord assez incertain sur le degré de force, le rythme même que je devais observer : ainsi que je l'ai exposé, je n'avais jamais frappé ni une femme, ni un enfant, ni non plus un animal. Puis, très vite, emporté par cette force et par ce rythme, sans avoir à les calculer; par une sorte de respiration qui leur est propre, comme cela peut être le cas dans la jouissance physique et dans l'amour. Au demeurant, comme cet amour et cette jouissance, une fessée que l'on donne se révèle toujours très différente, à la fois curieusement irréductible et non superposable, de celle que l'on imagine, ou même de celle que l'on décide, de manière consciente et délibérée, de donner. En vérité, maintenant encore je ne sais laquelle est la plus belle, alors que je sais pour l'amour : le plus beau est celui qu'on fait.

Cette nuit-là, je me rappelle l'afflux trop brusque, trop violent de sensations et d'émotions, même alors que j'eus découvert la respiration dont je parlais. Je pensais à l'impuissance volontaire, voulue de Michèle, à sa nudité, à sa chaleur et, en même temps, à ma brutalité. Il me semble que je pourrais dire qu'une tendresse et un amour sauvage, haletants, bouleversants m'oppressèrent extrêmement vite, comme à l'intérieur et au-dessous d'une vaste et profonde nappe de calme, peut-être même de sérénité. Je vivais immédiatement cet amour et cette tendresse et, tout dans le même moment, la même seconde, j'en avais le pressentiment et l'adorable souvenir. En vérité c'était ces lacs d'une infinie fraîcheur qui miroitaient dans un jaillissement de soleil. Je n'ai jamais su à quel moment Michèle comprit que je lui donnais et qu'elle recevait une fessée. Sans doute au premier coup je lui fis plutôt très mal, mais elle était encore surprise. Son petit derrière parut se contracter surtout de façon instinctive, et peut-être émit-elle un bref cri étouffé. Avant d'avoir pu réfléchir, je continuai donc à la fesser, et alors ce fut tout à fait comblant parce que Michèle et le corps de Michèle reconnurent la fessée, et, l'ayant reconnue, l'admirent, son derrière en vérité se dénoua, s'ouvrit, lui aussi, semblait-il, très calme sous la rafale plutôt brûlante. Je profitai de cette entente pour prolonger et appuyer la fessée. En ce qui me regarde, ce ne fut qu'à ce moment que je compris qu'elle était, à Michèle, utile, bienfaisante et, presque assurément, satisfaisante. Puis à nouveau la souffrance ou la brûlure l'emporta, et Michèle bougea. Son petit derrière tour à tour se refermait, se raidissait et se rouvrait, comme dans une tentative à peu prés involontaire et inconsciente de se dérober, de m'échapper. Bien entendu, ce fut aussi à cet instant que je fus moi-même tenté de cesser. Mais, de manière assez paradoxale, je crus que c'était une preuve non seulement de faiblesse, mais d'égoïsme, comme si je n'eusse fait que substituer, et et presque pour moi seul, un autre plaisir à celui qui nous fuyait. Peut-être dois-je retrouver là ce penchant assez puritain, épris et chercheur de morale, quoique sûrement pas répressif, ni pour les autres, ni pour moi : moralisant plus que moralisateur. Je fessai donc quelques instants encore Michèle, avec plutôt plus d'énergie, la faisant onduler, soupirer, puis commencer à se tordre légèrement et enfin soulever une dernière fois son charmant derrière, et le laisser décidément reposer, se reposer, tout déclos et chaud, mais toujours comme au sein d'une submergeante fraîcheur, au moment même où de mon côté je la frappai une dernière fois, puis cessai.

Il me semble que presque tout de suite l'un de nous ralluma. A Michèle comme à moi il suffisait d'allonger le bras. Pourtant ce dut être moi parce que j'éprouvai un désir passionné de voir Michèle et le derrière de Michèle. Je souhaite que cette curiosité n'évoque nulle dialectique du bourreau et de la victime. mais j'aimerais dire que le gracieux et bouleversant derrière de Michèle était tout à fait écarlate, elle avait de nature une peau ocrée ou dorée, et mate, et dire aussi que Michèle se prêta à cet examen, honteux et heureux, très avide, avec une complaisance qui de son côté suggérait sans équivoque le contentement, et une manière d'orgueil. C'était certainement moi qui avais ouvert et vaincu l'isolement, le resserrement et le repliement ostentatoires, pleins en définitive d'arrogance et de mépris, de suffisance et de fausse innocence, de son derrière. Non moins certainement c'était elle qui avait bien voulu qu'il en fût ainsi. Elle avait disposé de moi tandis que je disposais d'elle, et inversement ou conséquemment à l'infini, ce que l'on peut considérer comme l'un des propres de l'amour.

J'effleurai à peine la chair comme fleurie de rougeur, au grain maintenant si délicieusement désuni, usai avec volupté de son relâchement pour plonger le doigt, aussi profond que je le pus, dans ce qui constituait de toute évidence pour lui une invite et un asile naturels, puis le ressortis, me penchai en force afin de presser mes lèvres à sa place, et demandai à Michèle si je lui avais fait bien mal. Elle dit que oui, d'un ton dont la modestie elle aussi suggérait de façon irrésistible l'orgueil et un plaisir, un bonheur même, sourds et sauvages. Je n'eus qu'à ébaucher le mouvement de retourner et de redresser Michèle. Elle le fit d'elle-même, avec une impétuosité étrange, et sans du tout prendre le temps ou paraître seulement se soucier de ramener jusqu'à ses genoux ou ses chevilles la chemise de nuit que j'avais levée, oubli ou indifférence pour quoi je la désirai encore plus intensément. Michèle m'entoura le cou de ses bras et enfonça son visage au défaut de mon épaule tout en m'étreignant, visiblement de toutes ses forces.


Jacques Serguine, Éloge de la fessée, ed. Gallimard (Folio), Paris, 1973, pp. 33-38.


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