Menu
visiteurs actuellement sur le site.
Communauté > Vos récits >
:: L'initiateur. ::

L'initiateur.
Les récits des internautes.
Lorsque le train est entré en gare, les battements de mon cœur se sont affolés.

Il m’attendait sur le quai. Il m’a enlacée et serrée très fort, alors qu’il n’y avait pas lieu de s’étreindre. Déjà j’étais déstabilisée, perdue, happée dans son univers, même si j’essayais quelques résistances.

Tout au long de la route, nous avons discuté de choses et d’autres. J’étais un peu hors du temps. Il posait sa main sur ma cuisse tout en parlant et me lança avec un regard tendre : « J’ai déjà envie de toi ». Puis, plus tard : « Tu sais que je ne ferai rien dont tu n'ais envie. » J’acquiesçais timidement de sourires révélateurs.

J’étais toute seule, là-bas, à l’autre bout de la France, sans mes repères, avec juste lui, tendre, doux et très indépendant, fier comme le sont ces hommes passé la cinquantaine qui ont l’air d’avoir tout vécu.

« Sophinette », me disait-il « avé l’acent », « la miss tartines » (je l’amusais le matin, au petit déjeuner, en pyjama avec mon grand bol, mes tartines de confiture et mon air espiègle), « ma puce », « ma chichounette ». Je fondais. Je me sentais si bien, en sécurité.

« Qu’est ce que tu veux faire ma puce aujourd’hui ? »

J’étais sa petite princesse d'un instant, d'une vie impossible. Il me contait ses femmes passées et actuelles (comme pour bien me signifier que je ne serais jamais la seule), son grand père, son passé de gangster, ses aventures ... Impressionnant ! Il gardait à l’évidence quelques secrets, des choses horribles qu’il valait mieux enfouir, lançant un « Eh oui, petite ... » suivi d’un grand silence, en prenant mon visage au creux de ses mains.

Il connaissait tout de la vie : les meilleurs restaurants, ce qu’il fallait boire comme vin, comment il fallait réagir dans telle ou telle situation donnée. Je buvais ses paroles, qui me transportaient dans un pays magique où les filles n’avaient plus à penser qu'à être écoutées et câlinées.

Ces tendresses m’amenaient dans ses bras, au creux de lui, à ses pieds, la tête sur ses genoux. Lui, si inaccessible, il me racontait tout, à moi, à moi seule. Je cherchais ses yeux avec mon regard effarouchée de petite fille émerveillée et envieuse de lui. Il me disait :

« Oh la la, ce regard ... Tu me troubles. »

Je lui étais déjà reconnaissante de me faire découvrir cet état délicieux de dépendance affective et malicieuse …

Apres quelques coquineries, alors qu’il allait s’endormir, je me mis au dessus de lui, dans le lit, à califourchon, la tête sur son ventre. Je savourai l’instant un moment, sa main dans mes cheveux. Je levai les yeux pour trouver son regard, m'approchai de son oreille, et, de ma voix de gamine, je lui dit :

« Léo, j’ai encore envie.
- Viens » m'a-t'il répondu.

Il me prit la main et m'emmena dans un autre lit.

Il faisait très froid dans cette pièce, et nous nous sommes blotti sous la couette, embrassés et baisés. Il m’a prise et reprise ... et tout à coup elles sont tombées : de grandes claques sur les fesses, avec les mots de ses fantasmes qui me pénétraient, m’enveloppaient et me faisaient frémir. J’avais un peu peur de cet homme, transformé en presque-monstre. Mes fesses recevaient tantôt des gifles, tantôt des coups de reins. Tout s’emmêlait dans mon esprit, j’osais a peine bouger, j’étais devenue celle qu’il me racontait. Je lui susurrais des « oui » qui me déconcertaient, et dénonçaient des frissons jouissifs, jusqu’alors inconnus pour moi.

A bout de force je me recroquevillai et cherchai la douceur de ses bras et de son torse. Il restait droit, majestueux, fier comme le Corse qu’il est. Puis il s’inquiéta enfin, en apercevant mes yeux noyés de larmes.

« Qu’est-ce qui se passe ma puce ? Ca va ? »

Je ne su quoi dire, il me serra et m'endormit, presque bercée.

Au matin il n’était plus là. Je me réveillai seule dans l’immense lit. J’avais froid. Après quelques minutes j’entendis des pas dans l’escalier. Le voilà, et si ce n’était pas lui, si c’est lui, mais peut être pas … Je serrais l’oreiller plus fort à mesure que les pas approchaient. Mon corps frémissait, mon cœur palpitait, mes fesses se tendaient, impatientes.

Il a passé la porte, j’ai ouvert les yeux et je l’ai regardé, douce et docile. Son visage était dur et très sérieux. Je me suis pendue à son cou, alors que je m’étais promis de ne pas bouger, comme pour me languir de sa main. Il m’a laissé faire et a laissé tomber une claque qui s’est resserrée sur ma fesses. J’en espérais d’autres, mais il me dit qu'il devait s'absenter. Il était juste monté prendre son briquet ... Il a disparu, j’ai sangloté.

Ce matin là ma vie avait basculé. À la veille de mon départ, je laissai couler mes larmes, accrochée à son ventre. Il fallait qu’on se quitte, que je m’arrache à ce monde pour retrouver ma vie.


Sophinette